22 août 1614 Soulèvement de Fettmilch

22 août 1614 Soulèvement de Fettmilch

Soulèvement de Fettmilch

Attaque de Vincent Fettmilch contre les Juifs de Francfort sur le Main du Saint Empire Romain.

Clerc municipal et boulanger, fabricant de pain d'épices, porte-parole des maîtres de la guilde et donc représentant des citoyens mécontents.

A l'origine le mécontentement des citoyens, dirigé contre la mauvaise gestion du conseil municipal, dominé par les patriciens, mais dégénère en pillage de la Judengasse (ghetto de Francfort, connu en allemand sous le nom Frankfurter Judengasse (Rue des Juifs de Francfort), ghetto juif de Francfort-sur-le-Main de 1462 à 1796. Premier et l'un des derniers en Allemagne, et a accueilli la plus grande communauté juive d'Allemagne.), et débouche sur l'expulsion de tous les Juifs de Francfort.

En mai 1612, les citoyens de Francfort profitent de l'élection et du couronnement de l'empereur Matthias Ier de Habsbourg pour exiger la divulgation des privilèges, une réduction du nombre de Juifs, l'établissement d'un marché hebdomadaire des céréales, une réduction des taux d'intérêt et l'expulsion de tous les Juifs possédant moins de 15 000 Talers d'actifs.

Les émeutes débutent le 9 juin 1612.

Vinzenz Fettmilch décide finalement de publier un document par lequel l'empereur Charles IV (empereur du Saint-Empire) a cédé à la ville ses droits sur les résidents juifs de Francfort en 1349.

Il contient la phrase fatidique selon laquelle l'empereur ne tiendrait pas la ville pour responsable si les Juifs « s'éloignaient de la mort ou périssaient ou étaient tués ».

Beaucoup comprennent la phrase comme une autorisation de se livrer à un pogrom.

En juillet 1612, un comité de citoyens est fondé dans ce but.

Par la suite, l'accès aux privilèges et le contrôle des finances de la ville se trouvent définis dans un Contrat civil mais le comité des citoyens ne s'en satisfait pas, ce qui entraîne une période d'émeutes dans la ville.

Fettmilch est alors impliqué dans le pillage de la rue des Juifs, la Judengasse, qui s'ensuit le 22 août 1614.

La mise à sac du quartier juif est suivie de l'expulsion de plus d'un millier de Juifs de la ville.

Le pillage de la Judengasse

Les insurgés, qui se sont longtemps crus appuyés par l'Empereur, tournent désormais leur colère contre le maillon le plus faible de la chaîne de leurs prétendus adversaires, les juifs.

Le 22 août, une foule de compagnons parcourt la ville au cri de « Donnez-nous du travail et du pain ».

Vers midi, les compagnons désormais ivres prennent d'assaut la Judengasse de Francfort qui forme un ghetto fermé à la périphérie est de la ville.

Il est entouré de murs et n'est accessible que par trois portes.

Un attaquant et deux défenseurs juifs de la rue sont tués dans les combats.

Les Juifs fuient vers le cimetière adjacent ou vers la partie chrétienne de la ville, où se cachent de nombreux citoyens de Francfort.

Pendant ce temps, la foule pille la Judengasse jusqu'à ce qu'elle soit chassée par la milice de Francfort vers minuit.

Le pillage a causé des dégâts d'une valeur de 170 000 florins.

Vinzenz Fettmilch lui-même ne semble pas avoir été impliqué dans le pillage.

Lors de son procès ultérieur, il soutient que cela s'est fait contre sa volonté.

Il se peut qu'il ait rapidement perdu le contrôle de ses partisans.

Cependant, aucune preuve convaincante n'est produite pour démontrer que Fettmilch a tenté d'arrêter les émeutes.

Il est par contre avéré qu'il a œuvré pour l'expulsion de tous les Juifs de Francfort le lendemain.

La plupart d'entre eux ont cherché refuge dans les villes voisines de Höchst et Hanau à Mayence et en Hesse.

Le rabbin Isaïe Horowitz, futur rabbin de Prague, quitte Francfort à cette occasion.

Le 28 octobre 1614, considérés comme les meneurs de la rébellion, Vincent Fettmilch et quatre autres Francfortois seront poursuivis.

Au cours d'un long procès qui s'étend sur presque toute l'année 1615, Fettmilch et 38 autres accusés ne sont pas directement reconnus coupables des émeutes contre les Juifs, mais de crime de lèse-majesté, puisqu'ils ont désobéi aux ordres de l'empereur.

La peine de mort est prononcée, avant d'être décapités, deux de leurs doigts sont tranchés les doigts dits « du serment », l'index et le majeur, et Fettmilch est écartelé après son exécution.

La tête de Fettmich sera empalée sur la tour du pont de Francfort.

La maison de Fettmilch de la Töngesgasse est démolie et une « colonne de la honte » est érigée à son emplacement, mentionnant ses crimes en allemand et en latin.

Après les exécutions, qui durent plusieurs heures avec la lecture des verdicts, un mandat impérial est promulgué qui ordonne la réintégration des Juifs expulsés en août 1614 dans leurs anciens droits.

Le même jour, les Juifs, qui jusque-là avaient pour la plupart trouvé refuge à Höchst et Hanau, sont ramenés à la Judengasse lors d'une procession solennelle.

Un aigle impérial est attaché à la porte avec l'inscription « Protection de la Majesté impériale romaine et du Saint Empire ».

Ce n'est que plus de 100 ans plus tard que les citoyens de Francfort retrouvent pacifiquement les droits perdus lors du soulèvement.

Avec le soutien de l'Empereur, le Comité des Neuf est réintroduit en 1726, ce qui met fin aux abus du gouvernement patricien et met en place un contrôle des finances.

Les Juifs devaient être indemnisés pour les dommages matériels par le trésor de la ville, mais n'ont jamais reçu l'argent.

Seuls 12 couples juifs sont autorisés à se marier chaque année, tandis que les

chrétiens n'ont besoin que de prouver au Trésor qu'ils ont des biens suffisants pour obtenir une autorisation de mariage.

Cependant, le ghetto de la Judengasse continuera d'exister à Francfort jusqu'à l'époque napoléonienne.

La communauté juive célèbre chaque année l'anniversaire de leur rapatriement solennel le 20 adar du calendrier juif avec la célébration de Pourim.

Le soulèvement de Fettmilch a été l'un des derniers pogroms juifs en Allemagne avant l'ère nazie. 

 

Jérôme Attal

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