Histoire des juifs de Paris
Histoire des juifs de Paris
Paris, capitale de la France.
Il y avait des Juifs à Paris avant la date de l'invasion franque. Les conseils de Varennes en 465 et d'Orléans en 533, 538 et 541 adoptèrent certaines mesures à l'encontre des Juifs.
Il semblerait qu'il y ait eu des Juifs à Paris et dans le nord de la France à cette époque.
Dès l'époque des premiers rois francs, il y avait à Paris une rue de la Juiverie menant au palais. En 582, une synagogue fut érigée dans cette rue.
La rue de la Juiverie, l’une des rues les plus passantes de l’île de la Cité, dans l’axe Nord Sud de Paris.
Elle formait l’axe occupé aujourd’hui par la rue de la Cité, reliant le petit pont au sud, au pont Notre Dame, au nord.
Elle portait le nom des juifs qui devaient vivre là, jusqu’à leur expulsion en 1182, sur décision de Philippe Auguste.
En 1834, la rue fut fusionnée avec ses prolongations tant du côté nord que sud pour former la rue de la Cité.
Jusqu'au VIe siècle, les Juifs qui vivaient à Paris le faisaient dans des conditions favorables. Ils jouissaient d'une parfaite liberté dans l'exercice de leur religion, ils entretenaient des relations amicales avec les chrétiens et certains d'entre eux occupaient même des postes publics, en tant que receveurs d'impôts.
Cependant, l'influence de l'Église n'a pas tardé à toucher le roi et les nobles.
Chilpéric (561-584) s'est efforcé de prosélytiser les Juifs. Parmi eux se trouvait un nommé Priscus. Lorsque ce malheureux a refusé de "reconnaître la foi", il a été jeté en prison.
Sous les derniers rois mérovingiens, la situation s'aggrave.
Clotaire II, interdit aux Juifs d'exercer des fonctions seigneuriales ou de servir dans l'armée (615). Son fils Dagobert leur a donné le choix de se convertir ou de s'exiler (629).
Beaucoup sont partis en exil et d'autres ont subi le martyre.
Un acte de donation signé par le roi Dagobert en faveur de l'abbaye de Saint-Denis fait référence à un Salomon, percepteur des impôts à la porte Glaucin, l'actuel quai aux fleurs.
Avec l'avènement des rois Carlovingiens (687), un grand changement s'opéra.
Charlemagne (768-814), Louis le Débonnaire (814-840) et Charles le Chauve (843-877) traitèrent les Juifs avec beaucoup de gentillesse. Au cours des luttes qui perturbèrent le royaume pendant les deux siècles suivants, les Juifs restèrent inaperçus.
Au XIIe siècle.
Des rois capétiens Louis VI (1108-37) et Louis VII (1137-80) étaient favorablement disposés envers les Juifs.
Sous leur règne, la communauté juive à Paris s’est considérablement accrue.
Beaucoup de Juifs habitaient également dans les environs de la ville et y possédaient des biens immobiliers.
Selon certains chroniqueurs, ils auraient possédé la plus grande partie de Villejuif.
À Paris même, ils occupaient Les Champeaux, un quartier composé d'un certain nombre de rues sombres et étroites fermées par des portes à chaque extrémité.
Dans ce district se trouvaient les potiers, les cordonniers et les marchands de vieux vêtements et de chiffons.
A cette époque, il y avait deux synagogues; l'une dans la rue de la Juiverie, l'autre dans la rue de la Tacherie, autrefois appelée aussi "rue de la Juiverie".
La communauté possédait deux cimetières, l'un situé rue de la Galande, l'autre vers le bout de la rue de la Harpe.
Non loin de là, mais sur la rive opposée de la Seine, se trouvait un moulin appartenant également aux Juifs. Mais leur économie et leur richesse ont excité la haine et la jalousie. Toutes sortes d'accusations ont été portées contre eux.
Ils ont été accusés d'avoir arrêté de nombreux chrétiens pour dettes et d'avoir accepté en gage les vases sacrés utilisés pour le service religieux.
Quand, avec beaucoup de solennité, le pape Innocent II, entre à Paris, en 1139, les représentants de la communauté juive sont autorisés à se présenter avec ceux des corporations de la ville.
Voulant honorer le pape, les Juifs, portant les rouleaux de la loi, le saluèrent avec une adresse à laquelle il répondit: "Que le Seigneur Dieu Tout-Puissant déchire le voile qui cache vos cœurs!"
Ensuite, l'odieuse calomnie du meurtre rituel circulait librement.
En 1179, les Juifs parisiens étaient accusés d'avoir assassiné à Pâques un chrétien nommé "William".
Philippe Auguste (1180-1223), qui succéda à Louis VII, manifesta un esprit hostile envers les Juifs et monta à peine sur le trône quand, un certain sabbat de 1180, il ordonna l'emprisonnement de tous les Juifs de son royaume.
Leur libération étant conditionnée au versement de la somme de 15 000 marks en argent.
Au printemps de 1181, il les bannit tous, confisqua leurs terres et leurs habitations et annula les quatre cinquièmes de leurs revendications contre les chrétiens, exigeant le reste pour lui-même.
Les synagogues ont été transformées en églises, celle située sur la Rue de la Juiverie (Cette rue commençait rue des Marmousets-cité et rue de la Vieille-Draperie et finissait aux rues de la Calandre et Saint-Christophe) dans les limites de la ville, présentée à Maurice de Sully l'archevêque de Paris, en 1183, devint l'église de Sainte-Madeleine-en-la-Cité.
(C'était à l'origine une synagogue construite au IXe siècle, qui mesurait 31 mètres de long et 8 mètres de large. Après l'expulsion des juifs du royaume de France en 1182, et la confiscation de leurs biens, par Philippe Auguste, Maurice de Sully, évêque de Paris transforma, en 1183, la synagogue en église)
Le roi loua à la draperie vingt-quatre maisons juives situées dans le "Judearia Pannificorum" ou ghetto, aujourd'hui rue de la Vieille Draperie, contre le paiement annuel d'un impôt de 100 livres.
La ville possédait deux cimetières juifs, l'un situé rue Galande où un panneau de la ville de Paris le rappelle et l'autre vers le bout de la rue de la Harpe, sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la libraire Hachette.
Le retour des juifs.
En 1198, Philippe Auguste pressé par l'argent, autorisa les Juifs à rentrer en France.
Ils revinrent à Paris où ils réparèrent leur synagogue rue de la Tacherie et en établirent une autre dans une ancienne tour sur les remparts, La Tour du Pot-au-Diable, près du couvent de Saint-Jean-en-Grève.
Ils s'installèrent près de l'église du Petit-Saint-Antoine, dans l'impasse ou l'allée aveugle de Saint-Faron, dans la rue de la Tissanderie, connue plus tard sous le nom de "Cul-de-sac des Juifs" au voisinage du Mont Ste-Geneviève, dans la rue de Judas, dans la rue Quincampoix et dans la rue des Lombards, alors habitée par des usuriers italiens et donc le centre financier de Paris.
À partir de ce moment, les Juifs jouissent d'un certain degré de liberté et de tolérance. Certains d'entre eux ont été contraints de s'engager à ne pas quitter le royaume avant plusieurs années.
Une caution donnée vers l'an 1204 par plusieurs Juifs à titre de garantie de leur résidence permanente contient les noms de ces Juifs, le montant versé annuellement au trésor royal et le serment prêté au "rouleau" de la loi.
L'un de ces Juifs, dans un document daté de 1209, s'appelle "le Juif du roi". Cela semble avoir été la désignation des Juifs rattachés au trésor royal (voir Kammerknechtschaft).
Afin de leur extorquer de plus grandes sommes d'argent, le roi leur permit de facturer un taux d'intérêt élevé, qui était toutefois soumis à certaines restrictions par un décret de 1218.
À cette époque, Paris contenait des juifs riches.
En 1212, le chevalier Étienne de Sancerre céda tous ses biens au juif Elie de Braie de Paris et à son fils Méroté, en garantie de la somme de 80 livres qu'il leur avait empruntée et pour laquelle il était obligé de payer deux deniers par livre chaque semaine comme intérêt.
En 1217, Philippe Auguste présenta le marché aux céréales de la Juiverie à son échanson Rinaldo.
Sous Louis VIII et Louis IX
Sous Louis VIII (1223-26), les Juifs furent à nouveau agressés.
En novembre 1223, le roi, à l'initiative du clergé, annula tous les emprunts juifs de plus de cinq ans, exempta les débiteurs chrétiens du paiement de tous intérêts, même sur les dettes contractées ultérieurement, et décréta que toutes les obligations de dettes envers des Juifs doit ensuite être signé devant l'huissier royal. Si des Juifs quittent le domaine de leur seigneur, ils doivent lui être restitués par le propriétaire de la terre sur laquelle ils s'étaient installés.
Ainsi, beaucoup des familles juives les plus riches ont été réduites à la misère.
Louis IX (1226-1270) ne s'est pas montré particulièrement amical envers les Juifs.
Il n'a ménagé aucun effort pour les convertir au christianisme.
Grégoire IX agissant sous l’influence du juif apostat Nicolas Donin, ordonna un examen du Talmud.
Une controverse eut lieu le 25 juin 1240 à la cour du roi à Paris entre Nicholas Donin et quatre notables rabbins du jour, parmi lesquels qui étaient Yehiel de Paris et Moïse de Coucy. En conséquence, tous les exemplaires du Talmud et d’autres livres en hébreu saisis par ordre le 3 mars 1241 ont été livrés aux flammes.
Après plusieurs années, Louis IX changea la donne même si les édits contre les œuvres rabbiniques continuaient à être strictement appliqués.
Mais à son retour d'une croisade en 1254, il renouvela son attitude hostile envers le Talmud et l'usure.
En conséquence, de nombreux Juifs ont été sévèrement punis et, en 1257, tous les biens fonciers qu'ils possédaient, à l'exception des cimetières et des synagogues, ont été confisqués par le roi.
La communauté de Paris a été contrainte de solliciter l'aide des juifs des pays environnants pour le soutien de son école, jadis si active et si réputée.
Parmi les nombreux émigrés de cette époque figurait Yehiel lui-même, l'illustre chef de l'école, qui partit pour la Palestine vers 1259.
Par décret du 12 juin 1269, Saint-Louis imposa aux juifs le port de l'insigne.
Sous les Philippe
Philippe III le Téméraire (1270-1285), tout en conservant tous les décrets de son père contre les Juifs, ne les appliqua que passivement.
En 1271, le conseil de Saint-Quentin lui reprocha d'avoir autorisé les Juifs à poursuivre les chrétiens pour recouvrement de leurs dettes devant un tribunal.
Philippe autorisa même les Juifs de Paris à ouvrir un nouveau cimetière dans un jardin acheté à un certain chanoine nommé Maître Gilbert. Bien que la loi leur interdise de résider dans les environs du mont Ste-Geneviève, ils s'installent à l'intérieur de la ville.
Sous Philippe le Bel (1285-1314), la condition des Juifs devint presque intolérable.
En 1288, il infligea une amende aux Juifs de Paris pour avoir trop chanté dans leurs synagogues.
Vers l'an 1299, il leur imposa une taxe de 244 livres et de 12 sous, monnaie de Tours, appelée le "recepta" (revenu), et de 50 livres pour l'exemption du port de l'insigne.
A la tyrannie du roi se sont ajoutées les persécutions du peuple.
En 1290, un Juif de Paris, nommé Jonathas est accusé d'avoir profané l'hostie.
Il a été brûlé sur le bûcher, sa maison a été rasée et une chapelle a été construite sur son site qui portait en 1685 l'inscription suivante: "Sur ce site, les Juifs ont souillé le célèbre hôte sacré".
Mais malgré leurs souffrances, les Juifs sont toujours restés à Paris.
À la fin du XIIIe siècle, les juifs habitaient la rue du Trave-Mourier (l'actuelle rue de Moussy), la rue Neuve, la cour Robert de Paris (l'actuelle rue Renard Saint-Merry), la Tacherie (l'actuelle rue de la Tacherie) et le Petit-Pont.
Les Juifs portaient les noms et prénoms français, tels que "Copin le Mire", "Mosse le Mire", "Sarre le Mirgesse", etc.
Décret d'exil.
Mais un terrible coup s'abattit sur eux lorsque Philippe III, prononça son décret d'exil le 22 juillet 1306.
Le roi s'empara de tous leurs biens pour le trésor royal.
En décembre 1307, il céda à son cocher la synagogue de la rue de la Tacherie.
Un certain nombre de Juifs parisiens ont prétendu adopter le christianisme, mais étant incapables de cacher leurs sentiments juifs, ils ont subi le martyre.
L'exil, cependant, ne dura pas longtemps et les Juifs furent rappelés en 1315 par Louis X (1314-16).
Ce monarque les prit sous sa protection et leur ordonna de "les défendre contre les attaques, les blessures, la violence et toute autre oppression".
Leurs synagogues, leurs cimetières et autres lieux sacrés leur ont été restaurés.
Mais ils n'ont pas été autorisés à bénéficier de la protection royale pendant une très longue période.
En 1320, Philippe V. le Grand (1316-1322) imposa une taxe de 100 000 livres sur les Juifs de son royaume, dont 5 300 livres étaient dus par les Juifs de Paris.
En 1321, l'accusation d'empoisonner les puits fut formulée. Beaucoup de Juifs de Paris ont été brûlés, d'autres ont été exilés et leurs biens, pour un montant de 150 000 livres, ont été confisqués.
S'en est suivi un demi-siècle au cours duquel les Juifs de Paris, sous l'administration du rabbin Mattithiah de Troyes, semblent avoir été laissés à l'abandon.
En 1360, Manecier de Vesoul entama les négociations en vue du retour des exilés en France.
Il s'installa à Paris et fut nommé par le roi percepteur des taxes imposées aux Juifs dans les provinces du Nord. Il avait pour assistant Jacob de Pont-Sainte-Maxence, également résidant à Paris.
Les Juifs furent pendant un moment harcelés par l'agent du roi, qui menaça de se faire expulser de la ville (1370); mais Charles-Quint (1364-80) ordonna de les laisser en paix.
Les mesures sévères prises à leur encontre ont été annulées et ne sont devenues passibles que du roi ou de leur tuteur général, le comte d'Etampes.
Leur témoignage a été accepté comme preuve devant un tribunal, ils étaient exemptés de la gabelle, ou taxe sur le sel, des amendes et de la servitude, et n'étaient soumis qu'à une taxe spéciale pour l'entrée et le séjour en ville.
Cette indulgence envers les Juifs a vite excité la colère du clergé et du peuple.
Avec la sanction de Charles VI. (1380-1422), les gens rassemblés à la mairie demandent que "les Juifs et les usuriers soient chassés de la ville".
Sans attendre, la foule se précipita dans la ville en criant "Aux Juifs" attaqué et pillé une quarantaine de maisons et maltraité plusieurs Juifs. Pendant quatre jours, ils pillèrent, brûlèrent et assassinèrent à volonté. Certaines des victimes, se sauvant à peine de leur vie, se sont réfugiées dans la prison du Châtelet et de petits enfants ont été déchirés des bras de leur mère et baptisés (1380).
Soulèvement contre les Juifs 1380.
Hugues Aubriot, le prévôt de Paris, malgré sa volonté de protéger les Juifs, n'a pas pu freiner le soulèvement, mais obtint du roi la restitution des enfants à leurs parents et la restitution d'une partie du butin. Cette intervention en leur faveur a attiré sur Aubriot la colère de l'Église.
Il était accusé d'être secrètement converti au judaïsme et toutes sortes de crimes abominables lui étaient imputées. Il a été contraint de faire la pénitence publique et a ensuite été jeté dans un cachot.
Peu de temps après, l'insurrection des Maillotins (1381) a éclaté et les Juifs ont de nouveau beaucoup souffert. Ils ont été saisis en plein jour dans les rues ouvertes, à moitié étranglés, frappés et poignardés.
En 1394, un riche juif baptisé, Denis Machault, disparut de Paris. Sept des principaux membres de la communauté juive ont été immédiatement arrêtés sous l'accusation de l'assassinat.
Ils ont d'abord été condamnés à être brûlés vifs, mais le Parlement de Paris a modifié cette phrase en les condamnant à rester en prison jusqu'au retour de Denis Machault. Dans l'intervalle, ils devaient être battus "trois samedis de suite en trois endroits différents", sur la place du marché, sur la place de Grève et sur la place Maubert. Ils ont également été condamnés à payer une amende de 10 000 livres.
Enfin, Charles VI, fatigué par la clameur incessante de leurs ennemis, expulsa les Juifs de France en 1394. Escortés par le prévôt, ils quittèrent Paris le 3 novembre 1394 et confisquèrent tous les biens qu’ils ne pouvaient pas emporter avec eux.
Apprentissage rabbinique.
À partir du XIe siècle, Paris fut un important centre d'éducation religieuse et talmudique.
Un manuscrit relatif aux anciennes coutumes religieuses de Worms mentionne un certain Elie l'Ancien, qui devait avoir vécu vers le milieu du onzième siècle ("Shem ha-Gedolim").
Ce manuscrit semble confondre Elie, l'ancien de Mons, avec Elijah ben Judah, qui vécut plus d'un siècle plus tard. Dans un manuscrit contenant des responsa de Géonim (autrefois en possession de Halberstam), celui-ci est adressé par les «sages» de Rome aux «sages» de Paris (Luzzatto, «Bet ha-O?er»).
Aucune de ces dernières n’est mentionnée nommément, mais leurs collègues de Rome saluent leur piété et leur savoir. Le responsum qui le contient date du début du XIIème siècle.
Vingt ans plus tard, les rabbins de Paris participèrent à un synode convoqué par RaSHBaM et R. Tam. RaSHBaM reste quelque temps à Paris et entretient des relations amicales avec les hommes de lettres de cette ville.
Dans un responsum ("Ou Zarua"), parle de Mattithiah Gaon, qui est identique à Mattithiah b. Moïse, disciple de Rashi et chef de l'école talmudique de Paris de Juda b. Abraham, qui, en collaboration avec son collègue Shemaiah, a révisé certaines des œuvres de son maître Rashi et a édité une Haggadah de la Pâque; de Yehiel, fils de Mattithiah Gaon de Judah ben Yom-?ob (le tosafiste). Probablement le fils du célèbre tosafiste Judah ben Nathan (RIBaN), gendre de Rashi. Samuel de Paris a consulté R. Tam sur la question d'une loi de divorce. Moïse de Paris, qui était à la tête de la communauté parisienne vers le milieu du XIIe siècle, écrivit un commentaire de la Bible à la manière de RaSHBaM. Jacob ben Samson, qui vécut dans la première partie du XIIe siècle, écrivit un ouvrage sur le calendrier hébreu, un commentaire sur le Seder 'Olam Rabba, un autre sur Abot et des notes sur le livre de prières.
Elijah ben Judah est connu pour la controverse qu'il a menée contre R. Tam sur la question des phylactères; Les auteurs talmudiques de cet âge citent souvent ses opinions. Hayim b. Hananel Ha-Kohen était l'un des principaux disciples de R. Tam; ses slogans sont fréquemment cités, et Éliézer de Metz était parmi ses disciples.
Sir Léon de Paris.
Judah ben Isaac, appelé Sir Léon de Paris, était l'un des plus illustres rabbins français du Moyen Age.
Il est né en 1166 et décédé en 1224. Il était probablement le petit-fils de Judah ben Yom-?ob de Paris et un descendant de Rashi.
Vers 1198, il fut nommé à la tête de l'école talmudique de Paris, à laquelle participèrent un grand nombre d'étudiants, parmi lesquels se trouvaient Moïse de Coucy, Isaac ben Moïse de Vienne, Samuel Sir Morel de Falaise et Yehiel ben Joseph.
Beaucoup de ses responsa et décisions ont été préservés. Judah Sir Léon a compilé la plupart des tosafot trouvés dans les éditions Talmud et est mentionné comme commentateur de la Bible et comme auteur de diverses œuvres liturgiques.
Parmi les plus illustres élèves de Judah, Sir Léon, Yehiel ben Joseph, appelé Sir Vives, occupe sans aucun doute la première place. Il succéda à son maître à la tête de l'école talmudique de Paris vers 1224.
Il comptait environ 300 érudits, dont Isaac de Corbeil (son gendre), Perez ben Elijah de Corbeil, et probablement aussi le tosafiste allemand Judah ha-Kohen. L’enseignant de Meïr de Rothenburg Yehiel jouissait d'une grande réputation, même parmi les non-juifs, ainsi que chez le grand Saint-Louis.
Il a réfuté l'argument du chancelier de Paris, qui a essayé de prouver que les Juifs ont utilisé le sang chrétien dans leurs rites religieux.
Yehiel fut également le principal défenseur de la cause juive lors de la contestation de 1240.
En raison de l'état des lieux résultant de la grande controverse de 1240, Yehiel fut obligé d'envoyer un délégué en Palestine afin d'obtenir des fonds pour le soutien de l'école de Paris.
En 1260, il partit avec son fils pour la Terre sainte, où il mourut en 1268.
De nombreuses décisions rituelles et tosafot par Yehiel existent toujours.
Il est également cité comme commentateur de la Bible. Après son départ, l’école de Paris a perdu tout son prestige, et pendant longtemps, il n’y a aucune trace d’érudits juifs de Paris.
Néanmoins, dans le livre des impôts de Paris pour les années 1296-1297 apparaissent les noms "Abraham le Mestre" et "Baru le Mestre" ou "Mestrè" (= " rabbin").
Mattithiah ben Joseph.
Au retour des Juifs en France, Mattithiah ben Joseph occupa le poste de grand rabbin de Paris et de toute la France (1360-85).
Il était le fils de Joseph ben Johanan Treves, qui avait été rabbin de Marseille en 1343.
Charles V nomma officiellement Mattithiah le chef religieux de toutes les communautés de France et l’exempta ainsi que Manecier de Vesoul, avec leurs familles, du port du badge.
Lorsque Mattithiah a été élevé à la dignité de grand rabbin, il n'y avait que quatre ou cinq érudits talmudiques dans toute la France.
En conséquence, il créa une nouvelle école à Paris et rassembla autour de lui un grand nombre de disciples.
Plusieurs de ses opinions et son traité sur la méthodologie du Talmud sont cités par d'autres auteurs.
Vers 1385, Johanan succéda à son père Mattithiah comme grand rabbin de France et chef de l’école talmudique de Paris. Johanan est entré en conflit avec un ancien élève de son père, Isaiah ben Abba Mari (Astruc de Savoie). Isaïe, lui-même un rabbin distingué, s'est arrogé le droit exclusif d'ordonner les rabbins français. Il se considérait comme le seul grand rabbin légitime en France et utilisait les méthodes les moins scrupuleuses pour saper l'autorité de Johanan. Ce dernier a demandé l'intervention des "grands de la Catalogne", asdai Crescas et Isaac ben Sheshet, qui se sont prononcés en sa faveur.
L'expulsion finale des Juifs de France en 1394 mit fin à ces conflits malheureux.
Johanan se rendit en Italie, où il mourut en 1429.
Sa réputation de rabbin était très grande et nombre de ses opinions et décisions ont été citées.
Les Juifs de Paris étaient connus non seulement pour leur savoir religieux, mais aussi pour leurs connaissances laïques, notamment en médecine. Les noms de Copin le Mire (Lyon), Lyon Dacre Maire, ou Mire Moïse de Mire, et une femme, Sara la Miresse, qui exerçait elle aussi la médecine, sont particulièrement remarquables.
À la demande des médecins de Paris, et en particulier du "Grand Maître" Jean de Passaraut, le célèbre médecin Lanfranc (Léon Franco) de Milan a écrit un ouvrage très important, "Pratique de l'Ars Complète Totale Chirurgie" (Paris, 1296).
Ce livre a été traduit en hébreu sous le titre "?okmah Nishlemet bi-Meleket ha-Yad".
Résidence par licence.
Après l'expulsion de 1394, il n'y avait plus qu'occasionnellement de Juifs résidant à Paris, sans aucun statut légal. Enfin, quelques juifs obtinrent la permission de Louis XI (1461-83), à condition de se munir d'une licence délivrée par la police, qu'il était nécessaire de renouveler tous les deux ou trois mois.
Ce n'est que vers 1500 que la présence de Juifs à Paris est à nouveau remarquée.
A cette époque, la famille de Jovea, originaire de Beja au Portugal, y est mentionnée.
On ne parle pas de juif mais de "néo-chrétien". Jacques Jovea (l'aîné) était le directeur du collège de Ste-Barbe. Il a amené avec lui quatre de ses neveux en mission du roi du Portugal, Jean III.
François Ier (1515-1547) envoya à Constantinople un médecin juif qui introduisit en France l'utilisation du lait d'ânesse. C'est également François Ier qui a fondé une chaire en hébreu au Collège de France (1538) et c'est pendant son règne que la typographie hébraïque a produit ses œuvres les plus remarquables.
Selon certaines sources, qui s'inspireraient manifestement de la malignité, Concini maréchal de France et Marquis d'Ancre, Premier ministre de Louis XIII sa femme, Leonora Galagai, seraient d'origine juive.
Ils avaient amené des Juifs de Hollande à Paris et étaient accusés de professer le judaïsme eux-mêmes, d' "offrir le sacrifice du coq en tant qu'oblation juive" à l'occasion de la "Fête de la réconciliation" et de se servir de la Cabala et d'autres œuvres juives.
Un exemplaire du ma?zor a été retrouvé dans leur maison, ainsi qu'une œuvre intitulée "Cheimuc" (?innuk) et une amulette, des phylactères, etc. ("Recueil des charges du procès à la mémoire de Concini", 1617).
En 1611, Marie de Médicis convoqua le médecin, Elijah Montalto, qui ne consentit à venir que s'il devait jouir d'une parfaite liberté pour exercer sa religion.
Et il a obtenu le même privilège pour sa famille. Il avait une très grande réputation à la cour.
Grâce à Montalto et à Concini, les Juifs ont connu quelques années de paix à Paris.
Mais les choses ont beaucoup changé sous le règne de Louis XIII. (1610-1643).
En 1615, les Juifs furent surpris lors de la célébration de la Pâque et bannis le 23 avril 1615.
Il ne semble toutefois pas que l'interdiction de leur résidence à Paris ait été strictement appliquée.
Un certain Jean Fontanier, tour à tour calviniste, moine, avocat, secrétaire royal et (enfin) juif, dirigea les efforts pour rappeler les juifs en France. Il fut brûlé sur la place de la Grève.
Vers 1670, vingt-six jeunes disparurent en l'espace de quatre mois et les Juifs furent accusés de les avoir crucifiés. Mais l'accusation s'est avérée fausse et les vrais criminels ont été découverts.
Une mazarinade, intitulée "Le meurtre du brocanteur", raconte l'assassinat présumé d'un citoyen en 1652 par le doré des brocanteurs, qui seraient vraisemblablement des Juifs ("Les Juifs à Paris depuis le VIe siècle" "p. 48). Ils auraient assassiné un vendeur d'épinglettes, Jean Bourgeois, pour s'être plaint d'avoir été maltraité pour se venger de ses moqueries. Le rapport entier peut être un burlesque; cela indique cependant qu'il y avait des Juifs à Paris à cette époque. François Lopez était le médecin de la faculté de Paris en 1667.
Joseph Athias, le célèbre imprimeur, résidait à Paris à cette époque.
Parmi les littérateurs du règne de Louis XIV était un certain Cohen, connu sous le nom de "l'étranger savant" (1662). Il y avait aussi Samuel Bernard, le financier réputé, dont l'origine juive n'est cependant pas douteuse.
Au dix-huitième siècle.
Au début du dix-huitième siècle, certains Juifs jouissaient d'une grande faveur parmi les personnages importants de la cour.
Silva, fils d'un médecin juif de Bordeaux, fut nommé médecin consultant du roi en 1724.
En 1738, il reçut un brevet de noblesse. Un autre médecin, Fonseca, entretenait des relations d'intimité avec Voltaire, la comtesse de Caylus et d'autres personnes notoires.
Parmi les médecins de cette époque, il y avait aussi Azevedo, qui vivait rue Saint-Germain l'Auxerrois.
Petit à petit, le nombre de Juifs à Paris a augmenté, ils venaient de Bordeaux, d'Avignon, de Hollande, d'Alsace et de Lorraine. Ceux de Bordeaux ont eu à différentes occasions depuis le temps d’Henri II.
Lettres patentes garanties les autorisant à résider en France.
Ils ont été légalement établis à Paris en 1776 à la suite des efforts de Jacob Rodrigues Pereire.
Ce dernier, célèbre en tant qu’instructeur de sourds-muets, vivait à Paris depuis 1747.
Il connaissait Necker, Buffon, Rousseau, La Condamine, D’Alembert, Diderot et d’autres, et avait été nommé interprète du roi en 1765.
En 1743, Astrue fut nommé médecin consultant du roi, poste qu'il occupa pendant plus de vingt ans.
En 1740, Revel devint l'évaluateur du shérif et Raynal devint secrétaire du roi en 1747.
Isaac Pinto, auteur d'un "Apologie pour la nation juive", écrit en réponse à Voltaire, et d'une brochure intitulée "Le Luxe" occupaient un rang élevé dans le monde des lettres.
Israël Bernard de Valabrègue, employé de la bibliothèque royale et interprète du roi en 1754, cautionna son influence pour Moïse Perpignan, Salomon Petit, Israël Salom, Abraham et Moïse Dalpuget.
De 1767 à 1777, les marchands juifs plaident contre les corporations commerciales qui refusent de les admettre dans leurs rangs. Une lettre de Valabrègue au roi sur le sujet fit pencher la balance en faveur de ses coreligionnaires ("Lettre ou Réflexions d'un Milord à Fils à Paris au Sujet de la Requête des Marchandises de Six Corps Contre l'Admission des Juifs aux Brevets, "Londres, 1767).
En 1767, Salomon Perpignan fonda la Royal Free School pour favoriser le développement des arts à Paris.
Il a obtenu des papiers de naturalisation.
C'est à cette époque que des Juifs allemands, Avignon et polonais ont commencé à s'installer à Paris.
Des indices de leur présence dans la première moitié du dix-huitième siècle ont rapidement dépassé en nombre la petite communauté portugaise établie à Paris en 1750. Ils sont entrés dans toutes les branches du commerce.
Parmi eux se trouvaient des banquiers, des marchands, des aubergistes, des porteurs, des ébénistes et des professeurs de musique. Certains ont eu des relations commerciales avec le tribunal, comme le joaillier Michel Oulif.
Le cas le plus singulier est celui de Liefmann Calmer, arrivé à Paris en 1769 et devenu baron de Perpignan et Vidame d’Amiens en 1774, après l’achat des propriétés du duc de Chaulnes, dans la Somme.
Il reçut des papiers de naturalisation en 1769. Il exerça une influence considérable dans les affaires publiques et devint le chef de la partie allemande de la communauté.
Organisation de la communauté.
Les Juifs étaient alors divisés en trois communautés gouvernées par des syndics reconnus.
Les Portugais étaient sous Jacob Rodrigues Pereire, les Allemands, sous Liefmann Calmer; les Avignonois, sous Israël Salom.
Chacune de ces communautés avait ses propres services et réunions de prière et sa propre société d’aide mutuelle.
Par décret du 15 novembre 1777, tous les nouveaux arrivants se sont présentés devant Pereire, au cours de la première semaine de leur arrivée, munis d'un certificat dûment authentifié émanant du syndic de leur communauté et signé par six autres membres dirigeants. Ils étaient obligés d'indiquer le motif de leur séjour à Paris, d'indiquer leur lieu de résidence en ville et de donner un préavis de trois jours à compter de leur départ.
Pereire a tenu un registre exact de toutes ces notifications.
Seuls ceux qui visitaient Paris pour des affaires d'État et étaient généralement bien connus étaient dispensés de cette formalité.
De temps en temps, des voix s'élevaient pour défendre les Juifs.
Par exemple, par "L'avocat" en 1763; par "Le Mercure de France" du 11 février 1786; par Mirabeau et l'abbé Grégoire.
Malesherbes, en 1787, chargea un comité d'éminents Juifs d'examiner quelles mesures pourraient être prises pour améliorer la situation de leurs coreligionnaires.
En 1788, Lopez Dubec, Furtado et Cerf Berr déposèrent devant le ministre un rapport dans lequel ils exposaient les réformes les plus nécessaires.
Plusieurs Juifs notables ont reçu des papiers de naturalisation, mais pour la masse du peuple, il n'y avait pas de réel changement.
Efforts pour l'émancipation.
Peu de temps après, l'Assemblée nationale s'est réuni et l'appel à la liberté et à l'égalité a retenti dans tout le pays.
Néanmoins, les Juifs sont restés sous la surveillance spéciale de la police. Toutes les semaines, les commissaires de police envahissaient leurs habitations, armés de mandats de perquisition, et traînaient en prison tous ceux dont les papiers n'étaient pas correctement exécutés, et cela dura jusqu'au 30 juin 1789.
Le 26 août 1789, les Juifs de Paris adressèrent aux États généraux une pétition "en vue de leur octroyer les droits et privilèges civils auxquels ils pouvaient prétendre en commun, Citoyens et membres de la richesse commune de la France ".
En attendant la réponse de l'Assemblée à la pétition, les Juifs ont fait preuve d'un civisme actif et zélé. Sur 500 Juifs résidant à Paris, un quart sont inscrits à la Garde nationale; certains ont même siégé aux comités de district.
Le 24 décembre 1789, l’Assemblée reporta la décision concernant les Juifs, qui redoublèrent immédiatement d’efforts et intéressèrent en leur nom les dirigeants des quartiers et les conseillers municipaux de la ville.
Les autorités municipales de Paris les traitèrent comme des citoyens français dès le début de la révolution et un comité du conseil municipal s’adressa à l'Assemblée nationale en leur nom, par l'intermédiaire de l'abbé Mulot.
Participation à la vie publique.
Le 9 mai 1791, les Juifs de Paris adressèrent une nouvelle pétition à l'Assemblée, demandant une réponse définitive en leur faveur.
Enfin, après un délai supplémentaire, un décret fut adopté à la séance du 27 septembre 1791 accordant la naturalisation et les droits de citoyenneté à tous les Juifs nés et domiciliés en France.
Ce devait être leur émancipation finale et définitive.
Ils se sont immédiatement démarqués pour leurs talents et leur activité dans les affaires publiques.
Ravel de Ternay commandait la quatrième division de la garde nationale; Ravel de Tacin était l'un des quatre électeurs nommés par la section du temple et Berthe, père, faisait partie des trente-trois électeurs de la division des Quatre-Nations.
En 1792, deux autres, également nommés Berthe, étaient capitaines de la Garde nationale.
En 1797, le nom de Calmer figure sur la liste des 200 citoyens nommés syndics par le procureur général. Pereire était assesseur et juge de paix dans la division de Bon-Conseil et Jacob dans la division du Faubourg du Nord. Le nombre d'électeurs et de juges de paix juifs a continué d'augmenter.
En 1794, Frey et Saum étaient juges de la cour martiale, Fribourg était un lieutenant de la gendarmerie.
Les Juifs ont été parmi les premiers dans l'amélioration de la situation financière de la France.
Zalkind Horwitz, Cerf-Berr, Trénel et beaucoup d'autres ont versé des sommes importantes.
La générosité des Juifs a augmenté au début de la guerre.
Ils ont déshabillé leurs synagogues pour contribuer à la défense nationale et ont rejoint l'armée en grand nombre, ils ont élevé des sociétés libres; ils appartenaient au corps de la milice, aux organes municipaux et aux assemblées de paix, mais il n'y en avait pas au Comité de la sécurité publique ou au tribunal révolutionnaire.
Beaucoup, cependant, ont souffert pendant le règne de la terreur.
Quarante-six ont été arrêtés en tant que "suspects" et neuf ont été condamnés à mort et exécutés.
Les deux fils de Liefmann Calmer, dont il a été fait mention, ont péri sur l'échafaud.
Leur sœur Sara a également été condamnée, mais a eu la chance d'être négligée en prison et a été sauvée de la guillotine le 9 thermidor.
À la fin de la Révolution, il y avait environ 3 000 Juifs à Paris, dont beaucoup d'hommes de renom, dont Furtado, nommé pour le Corps législatif; Worms de Romilly, adjoint au maire du troisième arrondissement de Paris; Terquem, le mathématicien, Michel Berr, avocat et membre des sociétés savantes, Venture, professeur à l'école des langues orientales modernes et secrétaire et interprète de Bonaparte, Vivant Denon, designer et graveur, Henry Simon, graveur sur pierres précieuses, Ensisheim, le mathématicien et Elie Halévy, le poète.
Sous Napoléon
Napoléon décida de convoquer une "assemblée générale des Juifs" à l'Hôtel de Ville le 26 juillet 1806.
Une fois sa tâche accomplie, l'empereur convoqua une nouvelle assemblée, le Grand Sanhédrin, le 12 août 1806, pour convertir le les résolutions de l'ancienne convention en règles qui seraient considérées comme légales par toute conscience juive.
Dix "députés de la nation juive de la Seine" ont pris part aux délibérations et, à la fin de leurs travaux, ont demandé une audience avec l'empereur, mais il a refusé de les recevoir.
Peu de temps après, il a promulgué une série de décrets ne laissant aucun doute sur ses sentiments.
Le plus sévère de ces décrets a été celui du 12 mars 1808, qui, pendant plus de dix ans, a restreint au maximum la liberté commerciale des Juifs. Ceux des Landes et de la Gironde ont été exclus de ces mesures. Enhardi par ces exceptions, Cretet, ministre de l'Intérieur, écrivit à l'empereur pour lui demander d'inclure les Juifs de Paris, déclarant que "parmi les 2 543 Juifs vivant dans la capitale, il n'y en a pas quatre qui sont connus pour l'usure "et que" plus de 150 Juifs de Paris servent actuellement dans l'armée ".
Le consistoire de Paris.
En réponse à cette demande du ministre de l'Intérieur, les Juifs de Paris ont été exemptés des dispositions des décrets des 12 mars et 26 avril 1808.
Le 11 décembre 1808, un décret réglementant l'organisation des synagogues consistoriales a été adopté.
Treize ont été établis dans tout l'empire. Celui de la Seine comptait 2733 membres.
Le consistoire de Paris a été nommé le 13 avril 1809 et a été installé le 2 mai suivant.
La "circonscription" comprenait trente-trois départements.
Le consistoire de Paris, composé de M. de Oliveira, B. Rodrigues et Worms de Romilly, et présidé par le grand rabbin Seligman Michel, s'est immédiatement mis à organiser la communauté.
Sur les 2 733 Juifs qui le composaient, 1 324 étaient originaires de Paris, les autres venaient d'Alsace, de Lorraine, d'Allemagne, d'Autriche et de Hollande.
Presque tous vivaient dans les troisième et quatrième arrondissements, où étaient situés les trois marchés juifs (abattoirs), les temples, les sociétés (?ebrot), le consistoire central et le consistoire de Paris.
Il y avait à cette époque un certain nombre de maisons de prière dans la ville.
L'une, rue Brisemiche, a été fondé en 1778; une autre, vers 1789, dans la rue René Saint-Merry et quelques années plus tard, un troisième est établi dans un ancien couvent de carmélites de la rue Montmorency et porte le nom de "carmélite-shuhl".
Presque au même moment, on en ouvrit un dans les Petits-Champs-Saint-Martin qui était connu sous le nom de "Hutmacher-Shuhl", fabriqué par une manufacture de chapeaux qui occupait une partie du même bâtiment.
Une autre encore occupait un appartement au 29, rue des Blancs Manteaux.
Tous étaient la propriété des juifs ashkénazes.
Les Portugais avaient leur synagogue au cimetière de Saint-André-des-Arts.
Deux de ces chapelles existaient encore en 1809: celle des Portugais et celle de la rue des Petits-Champs-Saint-Martin. À cette date, la communauté possédait quatre autres synagogues de rite allemand au :
47 rue St. Avoye, au 21 rue du Chaume, au 6 rue des Vieilles-Etuves et au 7 rue Geoffroy-L’angevin.
Celui de la rue St. Avoye était le plus important.
Elle devint bientôt la synagogue du consistoire et y organisa toutes les solennités et cérémonies principales jusqu'en 1822.
La question financière a été une source d'embarras extrême pour le consistoire de Paris.
Certains se sont plaints que leurs impôts étaient au-dessus de leurs moyens et d'autres ont refusé de verser quoi que ce soit. L'assistance de la préfecture a ensuite été invoquée et des poursuites judiciaires contre les récalcitrants ont été ordonnées. Un juif a porté plainte à la Chambre des députés, accusant l'administration consistoriale de tyrannie et d'oppression dans l'exercice d'un rôle "essentiellement préjudiciable au maintien de la religion".
Lorsque la Restauration a succédé à l'Empire en 1815, le gouvernement a salué les efforts des Juifs pour diffuser le savoir et promouvoir l'industrie parmi les classes nécessiteuses.
Une ordonnance du 29 juin 1819 a renforcé les devoirs de l'Assemblée des notables en lui imposant l'examen du budget annuel des consistoires départementaux.
Paris contenait alors près de 7 000 juifs et les notables 237.
Sous Louis XVIII et Charles X.
En 1819, le consistoire de Paris fonda une école dans le but d'initier la masse de la population juive à "la connaissance de leurs devoirs religieux, moraux et civiques".
Elle œuvra pour le respect du décorum dans des lieux dédiés au culte et s'efforça de cultiver parmi le peuple des habitudes de conduite digne. En apprenant que le propriétaire de la synagogue de la rue Saint-Avoye avait vendu sa propriété et que les nouveaux propriétaires refusaient de renouveler le bail, le Consistoire, en 1819, acheta un terrain et une maison au 14 de la rue Neuve-Saint-Laurent 75003, avec une deuxième entrée rue de Notre-Dame-de-Nazareth. (Aujourd’hui, synagogue de Notre Dame de Nazareth)
Le 29 juin 1819, Louis XVIII a publié un décret autorisant le consistoire à acheter la propriété en question au nom des Juifs de Paris. La nouvelle synagogue a été ouverte le 5 mars 1822 en présence d'un grand rassemblement de gens et de plusieurs hauts dignitaires de l'État.
Quand Charles X a succédé à Louis XVIII en 1824, il accueillit favorablement le consistoire.
Les membres de cet organe étaient alors occupés à vérifier l’ingérence des rabbins dans les affaires administratives. Lorsque le décret de 1823 fut adopté dans le but d'introduire certains changements souhaitables en matière religieuse, le consistoire s'opposa à "l'autorité absolue en matière de religion" que les rabbins cherchaient à s'arroger.
À la mort de Seligman Michel, grand rabbin de Paris, en 1829, il demanda la suppression du grand rabbinat de Paris et l'attribution de ses fonctions à M. Deutz du consistoire central, qui devrait être assisté d'un "vicaire". Mais l’assemblée des notables a ignoré cette proposition et a nommé le 7 mars 1829 M. Marchand Ennery, grand rabbin de Paris.
A cette époque, il n'y avait pas d'école officielle pour l'éducation des rabbins et les notables ont été unanimes pour demander l'établissement dans la capitale d'une école centrale de théologie.
Les consistoires départementaux, après avoir été consultés, ont enthousiasmé ce projet et l’école a été fondée en 1829, mais à Metz au lieu de Paris.
Oralement, la chaire juive à l’ouverture du XIXe siècle n’était nullement brillante.
Seligman Michel et Sintzheim ont préféré parler en hébreu, Deutz a prêché en allemand, De Cologna, bien que d'origine italienne, parlait en français. Aucun rabbin n'était autorisé à prêcher sans l'autorisation du Consistoire, à laquelle il était tenu de soumettre son sermon. On s’attendait à ce que M. Marchand Ennery confère un nouvel éclat à la chaire juive, mais de telles attentes étaient vouées à la déception.
De manière générale, il était généralement demandé que seul le français soit parlé en chaire et, par un décret du 17 décembre 1831, le consistoire interdisait dans la synagogue toute intervention dans une langue autre que le français.
Soutien de l'État.
Une difficulté restait à surmonter. Les prêtres catholiques étaient payés par l'État, mais rien n'était prévu pour les rabbins juifs. Cette injustice a été abolie par la loi du 8 février 1831, qui a décrété que les ministres de la foi hébraïque devraient être payés par l'État.
En outre, une nouvelle loi réglementant les affaires communales juives a été promulguée le 25 mai 1844, Louis Philippe donnant à cette mesure tout son soutien.
La communauté de Paris méritait bien la faveur royale.
Quinze de ses membres se sont distingués par leur talent et leur activité.
Anspach, Crémieux, Alfred Dalmbert, Hemerdinger et d'autres étaient des membres notables de la magistrature et du barreau, Cohen, Samuel Heller, Joseph Henry, Moyse Samuel et Michel Lévy (professeur au Val-de-Grâce) étaient des éminents spécialistes de la médecine, Edouard Cerf Berr, sous-commissaire, Max Cerf Berr, lieutenant-colonel, Mayer Worms, médecin de l'école militaire de Saint-Cyr, Gabriel Salvador, capitaine d'artillerie, ainsi que d'autres personnes ont été honorés dans l'armée.
Adolphe Franck et Fromenthal Halévy étaient membres de l'Institut, Olry Terquem, Salomon Munk et Joseph Salvador étaient des personnalités scientifiques et littéraires, Gustave Halphen était consul général en Turquie, Max Cerf Berr, Crémieux et Fould étaient députés; et Emile et Isaac Pereire étaient directeurs du chemin de fer Versailles-Saint-Germain, Rothschild, Dupont et Michel Goudchaux allaient conférer un lustre supplémentaire au monde juif.
Cette prospérité ne pouvait manquer d'exciter la vieille haine.
Un certain nombre de pamphlets ont été publiés dans lesquels les Juifs les plus honnêtes ont été accusés de fausses accusations. La presse catholique et le clergé se sont empressés de rejoindre les forces accusatrices et les prêtres se sont même rendus dans les synagogues pour assurer le baptême de jeunes enfants.
Le Consistoire a tout fait pour mettre un terme à ces tentatives. Elle a fondé une maison de refuge pour accueillir les patients emmenés des hôpitaux où ils étaient soumis à la persécution, amélioré l'instruction religieuse et maintenu une surveillance étroite sur les jeunes filles des classes les plus pauvres.
Il a été appelé à combattre une autre difficulté.
La loi du 8 février 1831, en abolissant l’évaluation des dépenses de religion, avait semé la confusion dans l’ordre financier. Constatant qu'il est impossible de faire face au montant de la dette du temple, le Consistoire lance un appel à certains des principaux membres de la congrégation mais avec peu de résultat. Ensuite, le consistoire sollicita l'aide du ministre des cultes et du préfet du département de la Seine.
Cela a été accordé, mais à condition que le temple et la maison adjacente soient transférés à la ville.
La communauté a refusé avec indignation.
Enfin, en 1842, le gouvernement de la ville contribua inconditionnellement à la moitié du montant de la dette. Mais les troubles du consistoire n'étaient pas encore terminés.
Le temple avait un besoin urgent de réparations, ce qui devint avec le temps une nécessité, et un ordre du préfet de police, daté du 29 octobre 1850, ordonna la fermeture immédiate du bâtiment.
A cette époque, il devint nécessaire d'élire un autre grand rabbin pour Paris.
Deutz, le dernier des trois grands rabbins du consistoire central, décède le 2 février 1842.
Le poste reste vacant jusqu'en 1846, date à laquelle Marchand Ennery est appelé à pourvoir le poste vacant. Il y avait une lutte désespérée pour le poste de grand rabbin de Paris. Le Consistoire ayant provisoirement installé Mr Charleville, le rabbin de Dijon, une tempête d’opposition se leva aussitôt.
Marchand Ennery a protesté publiquement dans le temple contre cette procédure.
La lutte fut bientôt confinée à deux candidats, Charleville et Isidor. Ce dernier se rendit à Paris en tant que protégé de Crémieux et précéda de la victoire de sa vigoureuse protestation contre le serment "More Judaico" à Saverne en 1839.
Après de nombreuses discussions, dont certaines écrites, la Commission Consistorial décida à l'unanimité faveur de Charleville.
Le 26 octobre 1847, il déposa un rapport de procédure devant une convocation du consistoire et des juifs les plus en vue à la salle Saint-Jean. Plus de cinquante personnes ont été rassemblées.
Adolphe Crémieux, à la tête de l'opposition, a demandé l'annulation de la décision de la commission.
La discussion devint si violente que le consistoire démissionna. Crémieux a ensuite été élu président et un comité a été constitué pour examiner les deux candidats en ce qui concerne les fonctions et les pouvoirs du grand rabbin. Charleville a refusé de comparaître devant ce comité et Isidor a été immédiatement nommé. Les notables ont été divisés en deux factions.
Les élections ont eu lieu le 9 novembre et ont définitivement réglé la question épineuse.
Environ les deux tiers des 225 électeurs inscrits ont voté.
Au deuxième tour de scrutin, Isidor fut élu chef-rabbin de Paris à la majorité d’environ 20 voix.
La communauté s'était à peine remise des effets de cette perturbation lorsque la révolution de février éclata en 1848. Le gouvernement provisoire comprenait deux Juifs, le ministre de la Justice Adolphe Crémieux et le ministre des Finances Michel Goudchaux, ce dernier fut succédé en 1849 par Achille Fould.
Alors que Louis Napoléon était président de la République, cinq Juifs étaient membres de l'Assemblée constituante : Raynal, Michel Alcan, Crémieux, Michel Goudchaux et Achille Fould.
Les deux derniers étaient les représentants de Paris.
En règle générale, les Juifs participaient à toute lutte du côté de la liberté, ils ont servi en tant que membres de la Garde nationale et en tant que directeurs de la modeste Maison de Secours pour le soin des blessés de la rue des Trois-Bornes.
Il était devenu absolument nécessaire de reconstruire la synagogue de la rue Notre-Dame-de-Nazareth.
Les services religieux avaient été temporairement transférés dans les locaux du 20 rue de Montmorency.
La nouvelle synagogue a été inaugurée le 20 mars 1852. Mais peu de temps après son ouverture, on a découvert qu'elle était tout à fait insuffisante pour répondre aux besoins croissants de la congrégation, la population juive étant passée à au moins 20 000 personnes; et il fut résolu de construire une autre synagogue.
La question de la fusion.
On pensait que l'union des Juifs des rites portugais et allemands assisterait à l'ouverture d'une nouvelle synagogue.
En 1826, les Juifs portugais avaient abandonné la synagogue dans laquelle ils adoraient depuis 1770.
Ne pouvant supporter le coût d'une nouvelle synagogue, ils avaient loué une maison au faubourg Saint-Germain. Ils ont progressivement quitté leurs maisons et se sont éloignés de la proximité.
La synagogue a été abandonnée.
Les pièces jusque-là occupées par l'école de garçons dans le bâtiment consistorial étaient à ce moment vacantes. Et le consistoire les a transférées aux Portugais qui les ont transformées en une maison de prière en 1830. La démolition de la synagogue allemande obligea une nouvelle fois les Juifs portugais à rechercher une nouvelle habitation.
A ce moment, le projet de fusion des deux rites a été suggéré.
Pendant que le consistoire s'efforçait d'atteindre cet objectif, l'administration portugaise installa sa synagogue rue Lamartine. Le consistoire s'opposa à cette mesure mais les Portugais protestèrent contre leur asservissement et la synagogue rue Lamartine fut ouverte aux services religieux le 04 juin 1851.
La question de la fusion était toutefois toujours agitée.
Un comité a été nommé en 1855, qui a consacré plusieurs années à l’élaboration minutieuse d’un plan de rituel dans lequel de nombreux rites portugais étaient inclus.
Néanmoins, la communaut&